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Carnets de voyage au Vietnam
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Comme le temps passe !

Cela fait maintenant deux semaines que nous parcourons, du nord au sud, ce pays magnifique et nous allons déjà entamer la seconde grande étape de notre voyage : le séjour à CAI RAN.

Pour ne rien oublier de ces quinze jours écoulés, je ne cesse de me visionner les photos de toutes les splendeurs déjà rencontrées (et précieusement stockées dans mon petit appareil !), tel un film que l'on se passe et se repasse sans jamais se lasser.

Petit « traveling-arrière » du circuit déjà parcouru :

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Les paysages verdoyants des rizières du nord et les rencontres avec les ethnies Hmong, Tai et Thaï, dont les costumes colorés nous offrent, au gré des marchés que nous traversons, un véritable tableau de maître.

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Puis, en redescendant lentement en direction du sud, la fabuleuse croisière en jonque sur la Baie d'Halong dont les rochers karstiques laissent planer une atmosphère mystérieuse...

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Retour sur Hanoï, dynamique, « grouillante », toujours très animée avec ses motos se faufilant un peu partout et ses commerçants (parfois insolites) installés à même les trottoirs !
Doucement, nous continuons notre parcours et atteignons le centre du pays : Hue, Ville Impériale, empreinte de sa beauté noble que rien ne saurait ternir, Hoi An et ses ateliers de couture dont les ouvrières ont véritablement des doigts de fée, sans oublier Nha Trang, ses plages de sable et ses îles côtières peuplés de pêcheurs ; Dalat, petite ville thermale fondée par Yersin qui n'a rien perdu de son cachet colonial...

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Toujours, poursuivant notre itinéraire, arrivée à Ban Me Thuot dont les environs sont peuplés d'ethnies montagnardes tels les M'nong, aux maisons de bois de rotin construites sur pilotis. Il n'est pas rare, ici, de circuler à dos d'éléphant : nous en avons d'ailleurs fait l'expérience, sous une mousson virulente qui n'a, par ailleurs, rien entaché au plaisir de vivre cette expérience unique !

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Enfin, dernière étape avant notre arrivée au village de Cai Ran : Saigon (Ho Chi Minh).

L'aventure faisant aussi partie de tout grand voyage, nous n'y échappons donc pas !

En effet, l'avion censé nous conduire de Ban Me Thuot à Saigon vient d'être annulé pour cause de mauvais temps, nous devrons donc prendre le bus pour ... 7 heures de route ! Mais, somme toute, quel meilleur moyen de visiter un pays si ce n'est de le parcourir par les « chemins de traverse » !

Arrivée en fin d'après-midi. Cette visite écourtée de la capitale « by night » me laisse un sentiment d'inachevé que j'espère bien combler lors d'un prochain voyage...

Après une courte nuit de sommeil, départ pour l'aéroport et envol vers Ca Mau, dernière grande étape de notre voyage.

Dans l'avion, sans parvenir à m'endormir, je ferme les yeux et laisse mon esprit flotter parmi tous les souvenirs et toutes les images déjà ancrés et que je ne veux surtout pas oublier : un sentiment étrange m'envahit...

En effet, après tous ces kilomètres déjà parcourus, toutes ces découvertes, ces cultures différentes, ces rencontres si riches humainement, tout ce qui fait « la vie au quotidien », ici au Vietnam, ... la prise de conscience d’une réalité  semble avoir opérée : il existe bel et bien, encore sur cette terre, des inégalités et des manques à combler. « Etre né quelque part » : cette chanson prend ici tout son sens et je mesure combien il est facile, en France, de manger à sa faim, de se faire soigner en cas de maladie, de se déplacer rapidement d'un endroit à l'autre.

Avant de venir, je savais déjà que je ne reviendrai pas «indemne» de ce voyage car, sans comprendre véritablement pourquoi, je me suis toujours sentie proche de ce pays, comme si de m'y rendre un jour était pour moi une évidence.

Néanmoins, j'étais loin de mesurer l'impact qu'il laisserait. Ainsi, bien au-delà de ce que je pensais éprouver, le Vietnam m'a définitivement conquise et ses habitants, par leur humilité, leur gentillesse et leur courage à toute épreuve, m'ont véritablement touchée.

Tout en admirant depuis le hublot le paysage qui défile sous nos pieds, je pressens que ce qui m'attend au village sera certainement tout aussi fort, sinon plus...

Ça y est, le jour « J » que j'attends depuis plus de 2 ans  (à savoir, me rendre à Cai Ran) arrive enfin !

Je réalise alors, que je ne suis plus qu'à quelques centaines de kilomètres de ce village que je ne connais qu'au travers des reportages et des articles écrits dans le journal de l'association  « Parlons-nous » et j'ai le coeur serré d'émotion.

Après une heure de vol, nous atterrissons sur l'aéroport de Ca Mau au milieu des arroyos.

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Le Père Hâu, le professeur Nhien et le Père Ninh nous accueillent, souriants, dans le hall. Les retrouvailles pour les « habitués » (qui ont déjà participé au précédent voyage) se font dans la joie, tandis que les présentations, pour tous ceux d'entre nous qui découvrent les lieux, se font avec beaucoup de chaleur et de convivialité.

Le Père Hâu nous conduit alors jusqu'à la sortie.

Deux camionnettes  « couleur locale » sont réservées à notre attention, prêtes à nous conduire, durant quelques kilomètres, jusqu'à l'embarcadère d'où nous emprunterons les bateaux qui nous achemineront jusqu'à Cai Ran.

Ce petit « transit » en fourgon est véritablement un « grand moment » et nous plonge déjà en « immersion totale » !  En effet, coincé parmi nos énormes bagages, nous avons la vague sensation de ressembler d'avantage à du bétail qu'à des touristes en voyage humanitaire !!!

« Vive l'aventure » claironne notre ami Louis à la volée, tentant au mieux de s'agripper aux barreaux du toit de la camionnette pour ne pas écraser son voisin, ce qui engendre, de la part de nous tous, un énorme éclat de rire !

Nous arrivons enfin à l'embarcadère. Trois bateaux à moteur nous y attendent et tout nous laisse à penser que l'aventure continue !

En effet, nous allons, dès lors, prendre conscience qu'ici, la voie fluviale remplace la route et que le bateau reste le moyen de transport le mieux adapté à cet environnement si particulier.

ImageTandis que le bateau sillonne entre les bras du fleuve, j'ouvre les yeux, je découvre et je comprends ... Je comprends ce que signifie « arroyos », « inondations », « ponts de singe », « maison en feuilles de lataniers». Les reportages et les photos jusqu'alors rapportés par les membres de l'association, au cours de précédents voyages, prennent ici tout leur sens et sont maintenant, ici pour moi, une réalité. Réalité d'une vraie pauvreté causée majoritairement par un environnement hostile, difficile à maîtriser : c'est donc cela l'extrême sud du Vietnam...

Une évidence apparaît alors à mes yeux : toutes les actions, l'aide et le soutien déjà menés par VFE, autrement dit par nous tous, sont indispensables, et à ce stade du séjour au village que j'entame à peine, je n'ai encore pas mesuré combien il est important de poursuivre son oeuvre.

ImageArrivée à la paroisse, nous débarquons. Quel « comité d'accueil chaleureux » !

Soeur  Henriette, Soeur Laurence entre autres, accompagnées d'autres membres de la paroisse (que j'apprendrai bien vite à connaître) nous attendent entourés par une dizaine d'enfants du village.

Leurs sourires et la joie qui se lit dans leurs yeux me touchent profondément.

En effet, si pour Marie-Claude, Phat et certains d'entre nous il s'agit de retrouvailles, pour la majorité du groupe, c'est une première rencontre mais très vite, nous nous sentons considérés comme faisant un peu partie « de la famille »...

Enfin, quel plaisir de retrouver Cac, Chau et Danièle qui nous avaient quittés en cours de voyage pour rejoindre Cai Ran un peu plus tôt.

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Nous voici, dès lors, à la Paroisse. Une jolie petite église nous fait face, juste à l'entrée puis, nous découvrons la grande cour desservant l'ensemble des bâtiments constituant la communauté paroissiale.

Les soeurs nous conduisent alors jusqu'aux dortoirs que nous partagerons à 4 ou 6 personnes. Ces derniers sont constitués de couchettes, toutes équipées de moustiquaires (indispensables !).

A peine avons nous le temps d'installer sommairement nos affaires que, déjà, la cloche retentit pour l'heure du déjeuner et ... la ponctualité est de rigueur !

Après la bénédiction prononcée par le Père Haû, un délicieux repas préparé par les Soeurs, nous est servi dans une ambiance familiale.

Leur talent de cuisinières n'aura de cesse de nous aiguiser les papilles tout au long de notre séjour, et nous saurons l'apprécier !

En effet, chacun des repas minutieusement concoctés sera une vraie exaltation des sens : les couleurs, les odeurs, les saveurs de l'authentique cuisine vietnamienne... tous ces plats seront, à chaque fois, un vrai cadeau offert (ce qui me gêne d'ailleurs quelque peu, compte tenu de la pauvreté au quotidien).

Après ce premier repas, certains s'accorderont un peu de repos avant la visite des environs prévue au cours de l'après-midi par le Père Haû et son équipe. En effet, si la chaleur et le soleil me ravissent, il n'en est pas de même pour tout le monde !

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Vers 15 heures, deux bateaux à moteur sont amarrés, prêts à nous conduire parmi les innombrables bras du Mékong qui sont un peu, ce que je pourrais nommer leur « réseau routier local ».

Nous accostons à plusieurs reprises pour visiter certaines des maisons réalisées grâce au concours de VFE. Ces dernières sont attribuées aux familles les plus nécessiteuses ; une plaque au nom de l'association est apposée sur la façade.

Je ressens une réelle humilité face à ces gens que je trouve dignes malgré leur pauvreté, et la gratitude que je lis dans leurs yeux me touche profondément. C'est une première prise de conscience, sur le terrain, du travail déjà accompli par VFE, et il en sera de même durant le reste de la visite lorsque nous découvrirons les ponts construits en substitution des ponts de singe si dangereux.

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La fin d'après-midi approchant, le Père Haû doit retourner à la paroisse afin d'officier pour la messe. Je me joins à Danièle et quelques autres membres du groupe qui décident de l'accompagner.

18 heures. Je me rends à l'église pour assister à la première messe du Père Hâu. Je suis assez surprise de constater le nombre d'habitants du village présents (alors qu'il ne s'agit pas d'une messe dominicale) et avec quelle ferveur ils s'empressent à l'intérieur de l'édifice; il en sera ainsi à chaque messe quotidienne.

L'ambiance qui règne durant toute la célébration est très vivante car rythmée par de nombreux chants pleins d'entrain que chacun entonne de bon coeur.

Le chant ... Voici une activité dont je ne mesure encore pas l'importance dans la vie quotidienne, ici, à la paroisse, mais dont je vais vite devoir apprendre à «maîtriser» la technique...

En effet, en cette fin d'après-midi, alors que la messe vient tout juste de se terminer et que je m'apprête à rejoindre le dortoir pour me reposer un peu, je suis bien loin d'imaginer que, moi aussi, j'allais être mise « au diapason » !

Ainsi, du fond de la cour, je vois s'approcher avec entrain, Sœur Henriette entourée par une quinzaine de jeunes écolières. Sans que j'aie le temps de faire « ouf » ni de comprendre ce qui m'arrive, cette dernière me prend alors par la main et me dit, dans un large sourire qui la caractérise si bien : « on va chanter » !

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Danièle, qui se trouve également à proximité est, elle aussi, mise à contribution ! Et nous voici donc, toutes les deux, nous dirigeant avec le groupe jusqu'à l'église où aura lieu la répétition. Comme de « bonnes écolières disciplinées», nous prenons place sur l'un des bancs, assises parmi toutes ces jeunes filles âgées de 10 à 16 ans environ. Tel un chef d'orchestre, Soeur Henriette installe les paroles des chants prévus pour la répétition (écrits en vietnamien, bien sûr! ), et fait très vite revenir le calme à l'ensemble du groupe. L'une des jeunes filles s'assied à l'orgue et les premières notes jaillissent alors avec gaieté.

A ce moment précis, je me sens vraiment « toute petite » et ne réalise encore pas bien ce qui vient de m'arriver ; j’avoue ne pas être très à l'aise...

Il est vrai que mes talents de chanteuse ne m’ont jamais laissé beaucoup d'espoir pour pouvoir prétendre à l'Eurovision et  par ailleurs, je ne connais à ce jour que trois mots en vietnamien !!!

Mais bien vite, la magie opère ... L'enthousiasme et la ferveur de Soeur Henriette rythmant les paroles, la gaieté et la beauté des chants me portent soudain, et je me surprends alors à tenter (phonétiquement !) quelques vocalises sur des refrains que je trouve vraiment magnifiques.

Par delà les chants, c'est aussi ma première « vraie » rencontre avec les enfants de la paroisse, une jeunesse omniprésente qui est aussi, rappelons-le, l'avenir du village.

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Ce moment de partage reste ancré en moi comme l'un des souvenirs forts de ces quatre jours passés à Cai Ran. Bien d'autres suivront... mais tous ces souvenirs sont et seront autant d'éléments porteurs et motivants pour continuer aux côtés de l'association, car toutes les actions déjà menées ont aujourd'hui un sens concret à mes yeux...

Difficile de conclure un tel voyage.

Néanmoins, pour finir, je dirais que cette aventure fut portée par l’élan du cœur de chacun de ses participants. Je tiens d’ailleurs à les remercier tous pour leur gentillesse et leur sens du partage.

En outre, il me tient à cœur de remercier, bien évidemment, tous les membres de l’association qui ont concrètement et activement contribué à son organisation, et particulièrement Phat, notre « chef de file » et interlocuteur « privilégié » (sans oublier « Madame Phat », Marie-Claude, son « bras-droit » !) qui, durant tous les mois de préparation, ainsi que tout au long du séjour, ont toujours répondu à nos questions, avec sourire et grande disponibilité.

Enfin, je ne saurais oublier Danièle, notre présidente, toujours très active et présente sur le terrain, mais dont la générosité et la gentillesse semblent sans limite.

 

Christelle Chambriard
Membre active
Mai 2008

 
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